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Jane et Prudence

26 juillet 2013

jane_prudencePrudence Bates est une superbe londonienne de vingt-neuf ans, « âge souvent critique pour une  femme qui n’est pas encore mariée ». Elle entretient une amitié de longue date avec son ancienne prof de lettres, Jane Cleveland, aussi heureusement mariée qu’on peut l’être à un pasteur de campagne.

Evidemment, Jane cherche à caser Prudence. Cette dernière court après l’amour et se désole de sa « relation négative » avec son employeur, « une sorte d’économiste ou d’historien. Il écrivait le genre de livres que personne ne lit. » Mais un concurrent sérieux attire l’attention de toutes les vieilles filles et marieuses au village, un vieux beau, Fabian Driver, veuf prometteur du voisinage. Prudence va être amenée à prendre souvent le train…

Sympathique surprise de ce roman, nous retrouvons l’acerbe Miss Doggett et sa demoiselle de compagnie, Jessie Morrow, à la tenue éternellement modeste, compensée par sa langue bien pendue. La situation des célibataires n’est pas rose, surtout quand on a la trentaine bien sonnée et qu’on vit dans l’Angleterre des années 1950. Il est bien dur de se réveiller dans une maison inconnue « en se disant que les gens mariés ne comprenaient pas à quel point il était essentiel de bien remplir les bouillottes. »

Toutefois, l’analyse anthropologique de l’autrice, toujours subtile, donne une vision dévastatrice des rapports entre les sexes. Ce sont finalement les femmes mariées qu’on plaint le plus, celles qui cuisinent, tricotent, réparent et finissent par se demander si elles se souviennent encore de « ce que veulent tous les hommes ». Les femmes se donnent beaucoup de mal pour être épousées, doutant toujours de leur propre valeur. Les hommes considèrent comme normal d’être admirés, courtisés, d’avoir les meilleurs morceaux dans leur assiette. Tout cela pour aboutir à une vision hautement pymienne du mariage, notamment à travers le couple Cleveland, où la passion laisse place aux « lunettes et regards pleins de mansuétude ».

On pouvait même dire qu’à certains moments, elle le trouvait ennuyeux et irritant. Mais n’était-ce pas le but recherché dans chaque mariage : trouver une personne ennuyeuse et agaçante que l’on aimât tout de même ? Qui pourrait imaginer un homme qui ne fût jamais ni ennuyeux ni agaçant ? » (p. 230)

Barbara Pym, Jane et Prudence

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