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Citoyennes tricoteuses

1 août 2013

tricoteusesCet essai porte sur les parisiennes des milieux populaires pendant la révolution, qui travaillaient et assistaient aux assemblées révolutionnaires. Le terme de « tricoteuses », employé par leurs adversaires, en dit long : certes, les femmes pouvaient employer le temps des réunions à avancer leurs travaux de couture mais, surtout, ce terme renvoie brutalement ces militantes, en pleine formation politique, à leur supposée vraie place au foyer. Dès lors, « étudier le mouvement féminin révolutionnaire, n’est-ce pas finalement se demander comment être citoyenne, comment participer à la vie politique, sans posséder l’intégralité de la citoyenneté ? Comment faire partie du Souverain et ne jouir d’aucun de ses attributs ? » (p. 352)

Je n’ai pas trop compris l’intérêt de la première partie, qui consiste en une analyse des conditions de vie des femmes à l’époque de la révolution. Travail, vie familiale, violences subies, les données sont certes intéressantes mais s’écartent du sujet. Il faut croire qu’on manquait d’études sur le sujet, parce que je n’ai lu aucune analyse sur les révolutionnaires qui commençait par la description de leur vie privée… Il est cependant utile de rappeler que le travail féminin était la norme, que les femmes mariées continuaient à travailler, même si bien souvent cantonnées aux tâches subalternes, et donc moins bien payées.

On s’intéresse ensuite à la naissance de citoyennes à part entière, à un « détail » près. Les femmes sont présentes dès les premières mobilisations, elles prennent même l’initiative dans les mouvements de foule, suivies par des hommes organisés en corps armés. Après leur statut de mineures durant l’Ancien Régime, elles sont enfin reconnues comme membres de la société civile mais les droits politiques ne leur sont pas accordés. Elles ne font pas partie des citoyens actifs, ceux dont les revenus leur donnent le droit de voter et de porter les armes, ni des citoyens passifs, exclus de ces droits. Ce sont les clubs de femmes qui vont employer ce terme de citoyennes, en réclamant le droit d’organiser une garde nationale féminine. Théroigne de Méricourt appelle ainsi les citoyennes à s’organiser en corps armé. Exclues du vote, elles ont tout de même participé aux scrutins dans les assemblées. On note aussi la présence « non anecdotique » de soldates dans l’armée, cachant souvent leur sexe lors de l’enrôlement.

Le gouvernement se montre globalement hostile à leurs revendications. Les députés se plaignent que « les militantes troublent fréquemment les séances de la Convention par les mouvements qu’elles occasionnent dans les tribunes. » Le fantasme de femmes vociférantes, armées jusqu’aux dents, « furies de guillotine » commence à se faire jour. On tolère leur présence à titre ornemental dans les cortèges, décorées de fleurs ou de couronnes.

C’est là toute l’ambiguïté de la place qui leur est réservée dans le mouvement révolutionnaire : citoyennes, mais exclues du corps politique, leur présence est nécessaire dans les manifestations d’unité, car elles représentent malgré tout la moitié du pays. De plus, elles sont saluées comme (futures) mères qui détiennent l’avenir de la République.

Quelques pages fort édifiantes sont consacrées au discours d’Amar, rapporteur du Comité de Sûreté générale, en octobre 1793. Les femmes ont une éducation morale presque nulles, elles sont moins éclairées sur le plan politique, ce sont « des personnes plus exposées à l’erreur et à la séduction ». Conclusion : « Il n’est pas possible que les femmes exercent des droits politiques. » Conséquence : interdiction des clubs et sociétés populaires de femmes.

C’est la fin de l’activité politique féminine, assurée par l’arrestation des dirigeantes de clubs. Une répression générale de la sans-culotterie a lieu à ce moment. En 1795, l’entrée des tribunes de l’Assemblée est définitivement défendue aux femmes. On leur interdit ensuite d’assister à toute assemblée politique, ainsi que de manifester dans la rue. Ce bannissement de la vie publique aura des conséquences durables, avec la domination du masculin au XIXe siècle, l’occultation de la place tenue par les femmes dans la Révolution.

L’autrice souligne que les femmes sont les « ilotes » de la République : pas les esclaves mais celles qui, bien qu’y vivant, n’ont pas leur place dans la cité. Une belle remise en cause de l’idéal féminin a pourtant été accomplie pendant la Révolution. Ainsi, les militantes s’appellent « femmes libres » et entendent conquérir l’ensemble des droits de l’humanité. Selon la formule pleine de panache de la présidente du club des femmes de Dijon :

Partout où les femmes seront esclaves, les hommes seront couchés sous le despotisme.

Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses : les femmes
du peuple à Paris pendant la Révolution française
, 2004

revolution

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