Skip to content

La Terre

1 octobre 2013
tags:

terreDans son entreprise encyclopédique de témoigner sur tous les milieux sociaux de son époque, il manquait à Zola un roman sur la campagne dans sa série des Rougon-Macquart. Nulle vision idéalisée de la quiétude rurale, on s’en doute.

Sous le ciel vaste, un ciel couvert de la fin d’octobre, dix lieues de cultures étalaient en cette saison les terres nues, jaunes et fortes, des grands carrés de labour, qui alternaient avec les nappes vertes des luzernes et des trèfles ; et cela sans un coteau, sans un arbre, à perte de vue, se confondant, s’abaissant, derrière la ligne d’horizon, nette et ronde comme sur une mer.

Au paysage morne et plat de la Beauce, répond la passion fruste des paysans pour la propriété, dont la visite chez le notaire, à propos de quelque héritage, semble être la seule sortie. Cette âpreté passe avant tout sentiment humain.

Le héros est ici Jean Macquart, ancien soldat, à la recherche d’un peu de tranquillité. Il passe toujours un peu pour un étranger au milieu de ces quelques familles ancrées sur leur terre. Il se lie avec deux sœurs, Françoise et son aînée Lise, enceinte d’un certain Bouteau. On comprend vite qu’on ne s’embarrasse guère de convenances dans la région et que les mariages viennent officialiser les unions libres.

C’est d’ailleurs une véritable obsession pour l’accouplement et la reproduction qu’on trouve dans ce roman, aussi bien chez les bêtes que chez les humains. « C’est la nature » et elle est décrite de la façon la plus clinique. La métaphore du labour comme rut est resservie à foison. Zola s’offre aussi une de ces atroces scènes d’accouchement qu’il affectionne, tellement animale qu’elle en devient burlesque.

Mais le grand thème reste la soif de l’héritage, qui pousse les familles à se détester, voire à s’entretuer. Zola ne fait pas dans la dentelle, à la fin, et on assiste à des scènes de viol et de massacre, commises en public, sans que personne ne bouge. La conclusion du roman laisse sur les rotules, avec pour seule consolation une philosophie de la résignation des plus pesantes.

Qu’est-ce que notre malheur pèse, dans la grande mécanique des étoiles et du soleil ? Il se moque bien de nous, le bon Dieu ! Nous n’avons notre pain que par un duel terrible et de chaque jour. Et la terre seule demeure l’immortelle, la mère d’où nous sortons et où nous retournons, elle qu’on aime jusqu’au crime, qui refait continuellement de la vie pour son but ignoré, même avec nos abominations et nos misères.

Emile Zola, La Terre, 1887

Advertisements
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :