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La Fin des temps

21 novembre 2013
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findestempsVoici un roman très murakamien, qui m’a donné envie de lire les œuvres non encore lues de ce romancier : un narrateur taciturne qui attire toutes les belles jeunes filles, des animaux étranges, une atmosphère légèrement magique, faute d’autre mot.

Le héros est un informaticien, à qui on confie des missions de cryptage de la plus haute confidentialité. Dans son domaine, deux entreprises concurrentes emploient des moyens peu recommandables pour obtenir ces informations. Son dernier client le convoque dans un bureau à l’accès difficile, accompagné par sa petite fille replète, qui ne manque pas d’éveiller son désir. Mais c’est un personnage largué, à la vie sociale inexistante. Il semble rencontrer quelques problèmes dans ses perceptions au quotidien, comme une surdité passagère. Il se lance dans son opération de cryptage. Sa vie des plus ternes a lieu dans le « pays des merveilles sans merci ».

– (…) Laissez-moi vous expliquer un peu mieux ce dont il s’agit : chacun agit individuellement selon des principes propres. Il n’existe pas un être pareil à un autre. Autrement dit, c’est un problème d’identité. Qu’est-ce que l’identité ? C’est une individualité modelée par un système de pensée lui-même créé par l’accumulation des souvenirs d’expériences passées d’un être donné. On peut appeler ça l’esprit, plus simplement. Pas un seul homme n’a le même esprit qu’un autre. Pourtant, l’être humain ne comprend presque rien de son propre système de pensée. C’est mon cas, et le vôtre également. La part que nous comprenons clairement – ou bien que nous devinons – ne dépasse pas un quinzième ou un vingtième de notre conscience. Ce n’est que la pointe de l’iceberg. Tenez, par exemple, une question toute simple : êtes-vous courageux ou lâche ?
– Je ne sais pas, répondis-je en toute sincérité. Je peux être courageux dans certaines circonstances, et lâche dans d’autres. Je ne peux pas répondre en un mot.

Intercalés avec les chapitres sur ce premier narrateur, d’autres mettent en scène la ville de « Fin du monde ». Le second narrateur découvre ce monde guère plus gai, mais surprenant. En effet, dans cette ville, des troupeaux de licornes s’ébattent en liberté, les gens sont mornement affairés à des activités mystérieuses, leurs ombres leur ont été tranchées et, séparées de leurs propriétaires, elles sont vouées à dépérir.

Malgré l’épaisse obscurité dans laquelle on reste plongée à la lecture, l’absence de sympathie pour les personnages, le côté fumette « c’est quoi encore ce truc ? », ce livre se lit d’une traite et s’avère plus profond qu’il n’y semble au premier abord. A un premier niveau, on a affaire à une sorte de roman de fantasy urbaine, avec le périple de l’informaticien dans des souterrains interminables d’un côté, et de la fantasy tout court avec Fin du monde, ses licornes et son liseur de rêves, qui ne peut être que magique, de l’autre.

Même avec tous les efforts du monde, on ne peut déchiffrer entièrement un cœur humain dans ses moindres recoins. Son cœur se trouvait là, sans aucun doute, et je pouvais le sentir. Que demander de plus ?

Mais les révélations du vieux savant nous font entrer dans la théorie philosophique ! Il développe une conception tout à fait matérialiste de l’esprit humain : la pensée est un phénomène physique, d’ailleurs les perceptions perturbées du narrateur peuvent s’expliquer très simplement… Les deux histoires se rejoignent de manière implacable : quand on comprend où veut en venir l’auteur, le cœur se serre, imperceptiblement, au fil de la lecture. Et le roman poursuit son déroulement, sans qu’on puisse s’expliquer pourquoi on regrette tant ce qui arrive à un personnage aussi peu intéressant.

Haruki Murakami, La Fin des temps, 1992

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