Skip to content

The Fixed Period

25 novembre 2013

fixedperiodPeu de gens savent qu’Anthony Trollope, écrivain victorien prolifique, s’est adonné à la science fiction, le temps d’un roman. Dans The Fixed Period, il propose une réforme des retraites pour le moins radicale.

Dans l’Etat indépendant de Britannula, proche de la Nouvelle-Zélande, le président de la République, John Neverbend, a défendu un projet politique ambitieux :

Ils consists altogether of the abolition of the miseries, weakness and fainéant imbelicity of old age, by the prearranged ceasing to live of those who would otherwise become old.

Après bien des délibérations, cet âge est fixé à soixante-sept ans et demi. Le vieillard (il n’est question que d’hommes dans les rêves éveillés de Mr Neverbend) se retire dans toute sa gloire dans une résidence paisible, pendant un an, avant de subir euthanasie et crémation.

Le réformateur enthousiaste n’y voit que des avantages : réduction de la dette de l’Etat, emploi de l’argent non gaspillé à entretenir des impotents pour les infrastructures, sans compter le sentiment altruiste d’aider son prochain à éviter une fin de vie inutile et douloureuse. Quant à la sensibilité qui pourrait en être heurtée, « feelings are changeable ».

Malheureusement, l’opinion publique reste fâcheusement persuadée qu’il s’agit là d’un pur et simple assassinat. Mr Neverbend ne tarde pas à ressentir plusieurs contrariétés de la part de son proche entourage. Ainsi, son ami Gabriel Crasweller, fervent défenseur de la Fixed Period, donne des signes de dégonflement au moment où son heure arrive. Désagrément de taille, dans la mesure où il est le premier sur le liste et qu’il était censé montrer l’exemple, sourire aux lèvres. Par un fâcheux concours de circonstances, le fils de Mr Neverbend est amoureux de la fille de Mr Crasweller, qui a déclaré qu’elle n’épouserait personne si son père devait être occis. Il n’en faut pas plus pour décider le jeune homme, jusqu’alors surtout intéressé par le cricket, à se lancer dans des discours politiques aussi brillants que totalement opposés à ceux de son père. Mrs Neverbend elle-même donne des motifs de désappointement à son mari en menant une insidieuse guerre ménagère aux idéaux de celui-ci.

D’une lecture assez drôle, bien que les passages de cricket sont bien longs (ça change des scènes de chasse), ce roman présente des aspects discrets de science fiction, tout en restant ancré dans une société de type victorien. L’intrigue se déroule en 1980. dans les trouvailles technologiques, on a le « steam-tricycle » et un système de communication à distance à l’aide d’un fil. A part ça, on est en terrain connu, avec des hommes politiques qui se font des courbettes entre eux et persiflent sur leurs épouses, qui ne comprennent rien à rien selon eux, et ne détiennent le pouvoir qu’au foyer.

En ce qui concerne le thème choisi, le moins qu’on puisse dire est qu’il est d’actualité. Dans un article datant de l’année dernière, David Lodge explique que le roman n’a pas remporté un franc succès de librairie et est resté considéré comme une œuvre mineure. Pourtant, Anthony Trollope ne l’a pas désavoué, supportant mal lui-même les inconvénients du vieillissement. Comme pour faire la démonstration du bien-fondé des théories de Mr Neverbend, il est d’ailleurs mort à soixante-sept ans.

Anthony Trollope, The Fixed Period, 1882

Publicités
2 commentaires leave one →
  1. 26 novembre 2013 09:14

    C’est sans doute un ouvrage qu’il faut rapprocher du fameux pamphlet de Jonathan Swift, « A Modest Proposal for Preventing the Children of Poor People From Being a Burthen to Their Parents or Country, and for Making Them Beneficial to the Publick », qui propose aux irlandais pauvres rien de moins que vendre leurs enfants comme viande de boucherie aux riches.

  2. 30 novembre 2013 18:45

    Très intéressant parallèle ! Cependant, je crois que Trollope était tout à fait sincère dans son livre. Il qualifie son personnage de visionnaire, en avance sur son temps. Il était assez réac, pour le maintien des inégalités, etc. Donc aussi avec une conception de l’homme politique qui va expliquer aux masses ce qui est bon pour elles. Souvent aussi, je lis qu’il devait être féministe, avec tous ses personnages de femmes fortes, mais c’est tout le contraire, si on y regarde de plus près.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :