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Le Sermon sur la chute de Rome

18 décembre 2015

sermonLorsque j’ai eu le prix Goncourt 2012 dans les mains, j’ai forcément été dépitée : 202 pages seulement, moi qui n’ai de respect pour un roman qu’à partir de 500 pages… On me l’avait vanté comme un roman pas comme les prix littéraires habituels ; je n’ai pas été tout à fait d’accord. J’ai retrouvé le ton pessimiste français habituel, les belles références, les détails scabreux plantés ça et là pour dénoter que l’auteur connaît la vie. Bref, je n’ai pas aimé plus que ça.

Saint Augustin a pourtant toute ma sympathie. C’est la référence principale du narrateur, Matthieu. Ce garçon contemplatif éprouve une passion enfantine pour le village corse de ses vacances et l’ami qu’il s’est fait sur place, Libero. Les deux entament leurs études de philosophie, réunis pour la maîtrise à Paris. Ils développent une personnalité distante, un goût pour l’abstraction, un dédain des relations humaines, trop insignifiantes pour leur ambition intellectuelle.

Cette formation intellectuelle est une partie passionnante. L’auteur en profite au passage pour brocarder ses collègues trop médiatiques, qui font de la morale un fond de commerce. Comment deux jeunes hommes d’aujourd’hui pourraient être attirés par la pure spéculation intellectuelle ? La réponse semble bien une certaine inadaptation au monde, notamment en ce qui concerne Libero.

Il fallait se détourner des questions morales et politiques, gangrenées par le poison de l’actualité, et se réfugier dans les déserts arides de la métaphysique, en compagnie d’auteurs dont il était exclu qu’ils s’attirent un jour la souillure de l’intérêt journalistique.

Libero lisait les quatre sermons sur la chute de Rome en ayant le sentiment d’accomplir un acte de haute résistance (…).

Il reconnaissait sa défaite et donnait son assentiment, un assentiment douloureux, total, désespéré, à la stupidité du monde.

A la fin du master, les deux amis se trouvent dans un « état d’épuisement moral » tel que seule la perspective de reprendre la gérance d’un bar au village leur donne un peu d’enthousiasme. Ils cherchent à mettre un peu de vie dans l’établissement condamné à péricliter et y parviennent, un temps. Le bonheur n’est pas une chose facile à organiser, surtout lorsque l’on s’appuie sur des piliers de bars et des étudiantes un peu larguées qui ne trouvent rien de mieux à faire que de devenir serveuses.

Elles faisaient des études qu’elles n’aimaient pas et dont elles savaient qu’elles ne déboucheraient sur rien, ou elles y avaient déjà renoncé, elles n’osaient plus faire de projets, elles vivaient dans des villes sans joie dont la laideur les rendait tristes et où personne ne les attendait vraiment, elles savaient que la laideur finirait par s’installer bientôt dans leur âme pour s’emparer d’elles, elles y étaient résignées (…). »

On croise vaguement Aurélie, sœur de Matthieu, archéologue en Algérie. On a droit en parallèle à l’histoire de leur grand-père Marcel et ses périples céliniens en Afrique, une partie peu convaincante, du déjà lu.

L’auteur, lui-même professeur de philosophie, convoque ici Saint Augustin et sa démonstration que tout naît, grandit et meurt. « Les mondes passent des ténèbres aux ténèbres, l’un après l’autre. » On pourrait penser que c’est pompeux de s’appuyer sur Saint Augustin pour décrire la faillite d’une gargote dans un village corse mais les passages philosophiques ne sont pas désagréables. Il y aurait eu plein de détails passionnants à développer, on se doute qu’en deux-cent pages ce n’est pas possible. Les soirées dans le bar sont les scènes les plus vivantes. L’histoire est racontée à grands traits mais on ne peut pas vraiment s’y immerger.

Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012

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