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Carnets de thèse

31 mars 2016

carnetsFraîche et pleine d’entrain, Jeanne Dargan abandonne avec joie son poste de professeure en collège pour se consacrer à une thèse de littérature. Son directeur de recherche, Alexandre Karpov, est une sommité sur Kafka, ce qui lui semble un gage de réussite pour son sujet ambitieux sur « la parabole des portes de la loi dans Le Procès ». Elle déboule donc à la Sorbonne, comme beaucoup d’autres, espérant impressionner le grand maître. Flottant très haut sur son petit nuage, elle se voit devenir une spécialiste mondialement connue, invitée à tous les colloques. Plusieurs longues années seront nécessaires pour doucher son enthousiasme.

Le premier indice est sa rencontre avec Brigitte Claude, secrétaire au département des thèses. Caricature de fonctionnaire apathique, le corps réduit à une paire de seins flasques étalée sur son bureau, elle défend farouchement sa méthode de travail : la résistance au travail. Elle cherche plutôt gentiment à la dissuader de s’inscrire, entendu que moins de la moitié des doctorants vont jusqu’à la soutenance, et ceci dans un état de délabrement physique et mental des plus pitoyables. Mais pour Jeanne : « C’est drôle : entre nous, ça me motive encore plus de savoir que si peu arrivent au bout, ça rend l’aventure encore plus spéciale ! »

En guise d’aventure, Jeanne se voit attribuer des cours qui n’ont rien à voir avec ses compétences, saoule son compagnon avec sa relation déroutante avec Karpov, délire sur Schopenhauer au rez-de-jardin de la BNF.

Karpov, personnage aussi charismatique que fuyant, pour tout dire… une vraie feignasse, a l’art d’éluder les questions légitimes, d’ignorer les textes envoyés par ses doctorants, de leur donner l’impression qu’il s’intéresse à eux pour mieux se consacrer à ses guéguerres universitaires. L’autrice précise en interview que son propre directeur de recherche n’était pas du tout comme ça. Elle s’est par contre inspirée de ce qu’elle a entendu lors de son travail administratif à l’université. Elle précise toutefois que Karpov n’est que paresseux et non malveillant, ce qui en dit long sur ce à quoi on peut s’attendre de la part de certains directeurs de recherche.

Arrivée à la phase de la rédaction, Jeanne se met à boire et à manger n’importe comment, se coupe de son entourage. Elle pourra vérifier si son cas confirme également les statistiques selon lesquelles deux thésards sur trois voient leur couple exploser s’ils habitent avec leur conjoint. Cette bande dessinée témoigne bien de la situation d’isolement des étudiants français et, plus largement, des dysfonctionnements de l’université. Elle n’en est pas moins très drôle à lire, même si elle doit faire grincer les dents des étudiants en cours de thèse.

Le style est simple, avec des dessins pas trop précis, de jolies couleurs pastel. J’ai été un peu gênée par la façon de représenter les corps, un peu trop déformés, détail important car Jeanne passe beaucoup de temps à réfléchir en slip. L’intérêt principal réside sans nul doute dans les dialogues… ou les monologues.

La bande dessinée est issue d’un projet de blog, où Brigitte tenait le rôle principal : Le Bureau 14 de la Sorbonne, où on peut lire les huit premières pages de la BD.

Tiphaine Rivière, Carnets de thèse, Editions du Seuil, 2015

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