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Nord et Sud

4 décembre 2016

nordetsudLorsque sa cousine Edith se marie, Margaret cesse d’être sa demoiselle de compagnie et regagne le domicile de ses parents. La vie au presbytère s’avère bien plus humble que la vie londonienne, néanmoins la jeune femme adore son village d’Helstone tellement typique. Pourtant, les retrouvailles champêtres sont de courte durée. Mr Hale, son père, pousse la droiture jusqu’à démissionner de sa charge lorsque des doutes spirituels commencent à l’assaillir. Pour échapper à la pauvreté, il décide alors de proposer ses services de précepteur dans la ville industrielle de Milton, loin vers le Nord.

L’existence de la famille est semée d’ennuis à partir de l’installation à Milton. La ville est dure, bruyante et polluée. Margaret découvre l’existence du monde ouvrier, après une jeunesse de beauté de salon dépourvue de sens pratique. Les tensions sociales s’exacerbent autour du niveau des salaires ; les ouvriers menacent constamment de faire grève, tandis que les patrons s’estiment trahis. Devant se trouver une occupation utile, Margaret se lie avec une famille pauvre, dont l’une des filles est tombée malade en travaillant dans les filatures. Elle tente de comprendre la mentalité locale, d’abord rebutée par ce monde de « boutiquiers » qu’elle méprise au plus haut point. Elle fait pourtant l’effort de discuter avec l’élève préféré de son père, un directeur d’usine féru de culture classique. Ce John Thornton lui semble lourd et mesquin ; de son côté, il est subjugué par cette femme altière, si différente de sa sœur futile et coquette. Margaret révèle bientôt sa nature forte et sensée au moment où sa mère tombe malade et où l’équilibre mental de son père vacille…

Pourtant, jour après jour, la vie avait été en elle-même et par elle-même tout à fait supportable. De petits moments de plaisir réel avaient brillé au milieu des chagrins. (p. 166)

La structure du roman est assez proche de celle de Mary Barton, premier livre d’Elizabeth Gaskell. On y retrouve une héroïne soumise à des épreuves, un personnage d’ouvrier porté à la réflexion, le basculement dans une intrigue policière, ici avec les mésaventures de Frederick. D’ailleurs, comme pour Mary Barton, j’ai trouvé cette lecture agréable mais un peu pesante. Le manque d’humour se fait sentir, tandis que le mystique religieux est assez pesant. On a l’impression que l’univers n’est créé que pour servir de toile de fond à la romance. On trouve des réflexions intéressantes sur les choix de société derrière l’industrialisation, les inégalités sociales, la légitimité à sacrifier beaucoup d’ouvriers sur l’autel du progrès. Mais Gaskell ne dépasse pas le paternalisme patronal ; sans résolution du conflit de classes, seule la philanthropie de certains permet d’atténuer la pauvreté, mais en aucun cas de supprimer la subordination totale de la main d’œuvre au patronat.

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, 1854

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2 commentaires leave one →
  1. cleanthe1 permalink
    5 décembre 2016 10:21

    Je ne cesse de tourner autour de ce livre depuis quelques temps (et de sa très jolie couverture). Mais ce que tu écris à la fin de ton billet est justement ce qui me retiens.

  2. 5 décembre 2016 15:19

    J’ai une longue histoire avec ce livre, que j’avais abandonné après une cinquantaine de pages en anglais, il y a une dizaine d’années. Le lire en entier me donne donc le sentiment du devoir accompli ! Mais je ne m’attendais pas à une héroïne aussi bigote. J’espère que c’est le contexte, père ancien pasteur, etc. qui joue et je vérifierai si je retrouve ça dans ses autres romans. Le style de « Cranford » me semble plus ironique, ça sera sûrement le prochain. Et sinon merci pour ton passage ; ça encourage quand on essaie de retrouver un rythme de publication !

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