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Girl in a band

19 mars 2017

L’autobiographie de Kim Gordon est un témoignage fascinant sur la formation de Sonic Youth et, plus largement, sur la vie d’une artiste exigeante dans la jungle du milieu musical.

Le livre débute par le dernier concert de Sonic Youth, à Saõ Paulo, en 2011. La nostalgie et la colère s’entremêlent : son couple a misérablement pris fin à cause de la double vie menée par son mari. Cette amertume va baigner toutes les pages du livre. « Bidon » est le premier terme qu’elle utilise pour qualifier Thurston Moore. On peut être surpris de cette candeur, de cette croyance absolue en son couple après une trentaine d’années de vie commune. Kim et Thurston étaient le couple le plus rock, le plus parfaitement assorti, le plus exemplaire qui soit ; il est bêtement tombé dans le cliché.

Voilà pour la partie règlement de compte, qui j’avoue me donne maintenant envie de ricaner quand je tombe sur un article consacré à l’ex en question, finalement rattrapé par le temps. Mais le récit de la jeunesse de Kim s’est avéré très intéressant. Elle raconte les déplacements de sa famille, l’installation à Los Angeles, la certitude précoce qu’elle veut être artiste. Ambiance Six Feet Under chez les Gordon : Kim tient autant de Brenda que de Claire. Elle confie sa totale admiration envers son frère aîné schizophrène, une relation assez malsaine qui la conduira trop souvent à s’auto dévaluer et à être dépendante des autres.

Exaltée par son arrivée à New York en 1980, « l’unique endroit au monde où vivre de l’art », elle économise sur la nourriture et les vêtements mais sort le plus possible dans les concerts de no wave. Elle est attirée par ce son, s’acharnant à détruire le rock commercial, par les musiciens, allant jusqu’à écrire un article sur les liens tissés par les hommes à travers la musique, dont elle a envie de faire partie.

 Je me souviens de la puissance exaltante des guitares assourdissantes, de la rencontre avec des âmes sœurs et avec l’homme que j’ai fini par épouser, celui que je pensais être l’amour de ma vie.

Une amie lui présente alors un homme un peu plus jeune qu’elle, « les lèvres charnues comme des coussins », qui élève une chatte écaille de tortue baptisée Sweetface. Comment résister ? Elle commence à jouer avec ce jeune musicien ambitieux, charismatique mais assez soupe au lait en privé. Kim est  honnête sur ses capacités vocales limitées. La musique comme les paroles sont expérimentales, des morceaux vagues, composés de nappes, et des mots tirés au sort. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle retranscrivait l’ambiance des premiers enregistrements, cette torpeur vaporeuse que j’ai toujours trouvé très érotique :

Sur ce morceau, l’intensité émotionnelle de la voix épousait la musique d’une manière presque chamanique, à un degré que je ne pense pas avoir atteint depuis. Quand je chantais « Shaking Hell », j’étais parcourue de frissons, dans un état chaotique, surtout quand la musique se calmait pour ne plus devenir qu’un grondement sourd pendant les « Shake, shake, shake » de la fin. J’avais l’impression que la terre se dérobait sous mes pieds et que je flottais, jusqu’à ce que ma voix s’élance et me porte. J’avais envie d’emmener le public avec moi, ce public qui voulait croire en moi, en nous, qui étions en train de créer quelque chose de nouveau.

La suite prend moins aux tripes mais les albums se suffisent à eux-mêmes pour apprécier le bouillonnement créatif du groupe. Elle évoque son amitié avec Kurt Cobain, le mouvement Riot Grrrl, mais aussi son intérêt pour la mode et bien sûr la naissance de sa fille, la trentaine bien entamée. Elle se heurte alors au partage des tâches peu équitable avec son mari et aux sempiternelles questions des journalistes sur son rôle de mère. J’ai trouvé que dans l’ensemble, elle témoignait d’un bon sens à toute épreuve dans ce milieu complètement dingue. Elle ne considère pas qu’elle roulait sur l’or, les disques de Sonic Youth ne se vendant pas si bien que ça.

Après leur séparation, elle est retournée vivre à Los Angeles et a repris une carrière d’artiste plasticienne, sans se détacher complètement du monde de la musique. A soixante-quatre ans, Kim Gordon reste indéniablement une artiste à suivre !

Kim Gordon, Girl in a band (Le mot et le reste, 2015)

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