Skip to content

La Servante écarlate

18 mai 2017

Ce roman paru dans les années 1980 fait beaucoup parler de lui en ce moment. L’adaptation télévisuelle avec Elisabeth Moss dans le rôle principal constitue un miracle de pertinence en soi. Dans le contexte américain trumpien, avec ses lourdes menaces sur la santé, la contraception, l’avortement, des groupes de femmes manifestent à l’occasion en costume de servante écarlate. Beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux liés à Margaret Atwood considèrent son roman comme prémonitoire. En est-on arrivées à ce point ? Pas encore, heureusement. J’avais tellement entendu parler de ce livre que c’est le deuxième de l’autrice canadienne que j’ai décidé d’ouvrir, il y a déjà un an (d’où des souvenirs imprécis).

Dans la Servante écarlate, l’Amérique du Nord a été transformée en une dictature puritaine, niant tous les droits des femmes. Un problème sanitaire global a rendu la plupart des femmes stériles. Les femmes jeunes et fécondes représentent une grande valeur et sont attribuées aux familles les plus riches. Dans un costume rouge qui ne leur permet pas de dissimuler leur identité, soigneusement tenues enfermées, elles servent de reproductrices à des hommes vieillissants.

Le monde ne nous est pas expliqué clairement. Nous le découvrons à travers les pensées de Defred, qui doit supporter une existence confinée et réprimer ses moindres sentiments en public. Un signe d’activité cérébrale de trop et c’est l’exécution pour l’exemple, comprend-on rapidement. Les femmes ont été soigneusement dressées, conditionnées. Le plus tragique, c’est que Defred fait son possible pour se conformer à ce qu’on attend d’elle, par réflexe de survie, mais cela n’enlève rien à ses souvenirs, qui sont ceux, assez courants, d’une jeune femme délurée des années quatre-vingt. Le récit la dévoile dans une tension permanente entre son comportement apparent et sa pensée subversive, dont elle ne peut laisser aucune trace, travail, lectures et fréquentations extérieures étant rigoureusement interdits.

Cette lecture a été particulièrement pénible, pas du fait de l’écriture d’Atwood, toujours juste, mais de ce qu’elle raconte. J’ai ressenti physiquement l’enfermement, la limitation intellectuelle et le viol comme seule interaction valorisée. Le déroulement de la cérémonie de fécondation est particulièrement dérangeant… Le portrait des hommes, qui bénéficient globalement de ce nouveau système, est impitoyable. Lorsque le propriétaire de Defred imagine lui faire plaisir, il lui montre de vieux magazines féminins, la déguise et l’entraîne dans une boîte échangiste : belles possibilités d’ouverture au monde ! La narratrice s’accroche à une phrase gravée dans son placard, laissée par celle qui la précédait, mais même ce slogan censé la conforter dans sa lutte s’avérera dérisoire. Autour d’elle, au-delà de ce continent qui a viré à la barbarie, la résistance s’organise…

Margaret Atwood, La Servante écarlate, 1987 (The Handmaid’s Tale, 1985)

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :